Le texte proposé ainsi que la méthode sont issus du cours de Mr April (Université Paris VIII) .
Texte de Alain Dewerpe
8 février 1962 : en réaction à l’offensive terroriste de l’OAS,une manifestation se heurte à la violence voulue de l’Etat. A la station de métro Charonne, devant les portes ouvertes, on relèvera neuf morts sous les coups de la police.
Au-delà de la reconstitution des faits avérés, Alain Dewerpe pose des problèmes historiques d’un ordre plus général dans un livre qui servira de modèle à d’autres.
Il traite d’abord de la violence d’Etat en démocratie représentative : organisé ou non, le, meurtre politique fait partie de l’outillage des actes d’Etat. ; il a, mêmes obscures ou contournées, ses raisons et son efficace.
Il pose la question du scandale civique : à quoi l’Etat a-t-il droit ? L’affaire pourrait se dénouer par la mise en place d’un récit moralement et politiquement fondé et partagé.Or, à travers une version d’Etat mensongère jusqu’à nos jours, ce règlement est demeuré historiquement instable.
Il ouvre également sur les usages politiques et sociaux de la mort : la manifestation-obsèques du 13 février fut un des plus considérables rassemblements dans la France du XXe siècle. Comment comprendre alors que cette mémoire du massacre, faite de commémorations mais aussi de censures, de souvenirs mais aussi d’oublis, s’est effritée devant d’autres événements traumatisants de la guerre d’Algérie ?
Faut-il l’écrire ? Cet ouvrage est unique en son genre.
Alain Dewerpe, Charonne 8 février 1962.Anthropologie historique d’un massacre d’Etat, folio-histoire
I. Analyse du texte
A. Les questions Le texte de Dewerpe doit être interrogé au travers de quatre questions :
§ Qu’est-ce que ce texte me dit sur l’épistémologie ?
§ Qu’est-ce que ce texte me dit sur l’historiographie ?
§ Qu’est-ce que ce texte me dit sur le métier d’historien (sa responsabilité
?
§ Quelle est son utilisation dans l’enseignement ?
B. Le champ historiographique
On doit s’interroger sur l’auteur. Alain Dewerpe : a-t-il écrit autre chose ? Est-il spécialiste de la période ? Est-il professeur à l’Université ? Pourquoi peut-on dire que c’est un historien ?
Le titre, Charonne, indique que l’on traite d’un événement. On a donc affaire à de l’histoire événementielle. D’autres historiens se sont intéressés à un événement. Mona Ozouf avec Varennes ou encore Georges Duby avec un Dimanche de Bouvines. Ces deux livres font partie de la collection les 30 jours qui ont fait la France.
Le thème traité par cet ouvrage amène à s’intéresser à d’autres thèmes :
o Guerre d’Algérie
o Les historiens qui ont parlé de la guerre d’Algérie
§ Benjamin Stora
§ Henri Allègre
· La question
· Mémoires algériennes
o OAS (Organisation de l’armée sécrète)
§ Ce thème renvoie à l’extrême-droite française
o René Rémond , les Droites en France
§ Ce thème renvoie au terrorisme
-Il faut construire une bibliographie autour de ces thèmes là.
C. Champ épistémologique
Il faut d’abord s’interroger sur la manière dont l’historien, ici Alain Dewerpe, construit son objet. Il fait référence à une méthode, l’anthropologie historique. Il pose des problèmes historiques : le massacre d’Etat, la mémoire (comment la mémoire est construite) et la question des sources. La question des sources se pose d’autant plus que l’Etat a donné une version mensongère de l’événement.
Deuxième question qu’il faut se poser : comment Alain Dewerpe organise-t-il la durée de son objet ? Son objet s’étale sur une journée, le 8 février. En réalité, on peut parler d’un emboîtement de durées : le 8 février 1962, la guerre d’Algérie, les suites judiciaires de l'événement. On peut même dire que cet événement s’étale du 8 février 1962 à mars 2006.
Il faut s’intéresser à la mise en scène du récit. L’auteur par son style met en avant la soudaineté de l’événement. Il focalise sur l’événement, sur le fait. Il lance ainsi une réflexion sur la violence d’Etat, sur le massacre. Pourquoi cette intrigue, la cause du massacre de Charonne, ne s’est-elle pas dénouée ? Parce que on a longtemps dit que les grilles étaient fermées ; les manifestants ce seraient faits écraser contre les grilles. En réalité, les manifestants ce sont faits matraqués. En outre, A.Dewerpe engage un dialogue avec le lecteur par le biais de questions. Enfin il fait un travail d’explication et de causalité.
D.L’historien dans la cité
En parlant de massacre d’Etat, Alain Dewerpe s’engage personnellement. Il est d’autant plus engagé que sa mère est morte lors de cet événement. Il y a donc un enjeu familial. Cela l’empêche-t-il d’être historien ?
Autre question : quelles sont les critères de la vérité ? Il nomme son objet massacre d’Etat. Il explique pourquoi il le qualifie comme cela. Enfin, en mettant des notes, il donne des armes à un contradicteur
E. l’historien dans les programmes d’enseignement
Trois thèmes traités dans le monde scolaire ont un rapport avec le thème de massacre :
- La guerre d’Algérie (3e, Ter)
- Totalitarisme (1er)
- La notion de Mémoire : la mémoire de la seconde guerre mondiale
Ces éléments, l'historiographie, l'épistémologie, etc doivent se retrouver dans l'exposé que l'on propose au jury. Il ne faut surtout pas faire un plan en deux parties, l'une portant sur histoire savante et l'autre sur l'histoire enseignée. Ou encore un plan faisant défiler les différentes écoles historiques (méthodiques, etc).